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mardi 5 février 2013

Black Mirror - 2011




Ahah ! Il est temps d'attaquer un monument.  Black Mirror est une série anglaise de 3 épisodes, entre 45 et 60 minutes chacun, lancée en 2011 par Zappotron. Une série ? De 3 épisodes ? Oui ! La série adopte ce format bien particulier pour coller à un principe simple : chaque épisode constitue une plongée dans un univers particulier. Par univers, n'imaginez pas de panoramas dignes d'un space opera, mais plutôt d'une extrapolation morbide et néanmoins plausible de notre société contemporaine  Il n'y a donc aucun lien entre les épisodes, seulement ce fil conducteur en amont qui consiste à exagérer à l'extrême la force obscure du Monde actuel. Du coup, plutôt que de faire une analyse globale, je vais passer chaque épisode au crible, avant d'en tirer une critique plus globale regroupant les thèmes évoqués. Toujours sans spoiler, simplement en soulevant des thématiques. Et sachez que si vous êtes (deviendrez ?) accroc à cette série la saison 2 commence le 11 Février 2013.

Episode 1 : The National Anthem

C'est l'épisode le plus plausible, dans le sens où il ressembler plus à notre mode de vie actuel. Avis à ceux qui répugnent les séries pour leur premiers épisodes qui traînent à faire démarrer une réelle intrigue, soyez rassurés : l'enjeu et la trame principale est lancée dès les 5 premières minutes. Le tout se passe sur fond de guerre médiatique, mettant évidemment en parallèle nos propres guerres de médias. L'extrapolation à proprement parler se  joue sur l'importance grandissante des réseaux sociaux, de la popularité des hommes politiques (qui de nos jours en arrivent à être plus commerciaux que politiciens) et, évidemment, des répercussions sur la population. On poursuit l'intrigue sur un rythme croissant et à chaque fois sous différents points de vue, jusqu'à l'avènement final, une fin en toute beauté menant irrémédiablement au défilement du générique où, on reste pantois tant l'épisode soulève quantité de questionnements. Si je devais retranscrire la principale portée satirique de ce premier épisode, elle s'articulerait sur deux axes principaux. Car en dehors de l'intrigue même qui dirige les 45 minutes, le fin apporte un point de vue très particulier sur l'importance de la population sur fonds de statistiques médiatisées.


L'oeuvre nihiliste selon l'Artiste :

C'est ce premier axe qui émerge d'abord : la société en tant que conglomérat d'êtres humains, et non de statistiques (!), réagissant sur un fil d'actualité. Une sorte de schéma s'extirpe alors, où dans un premier temps une information est contrôlée par des groupes médiatiques et des politiciens. Puis elle est transmise au public, qui dans un troisième temps la jauge et finalement réagit en conséquences. Si les deux premières étapes ne brillent pas d'originalité, c'est précisément le décalage entre le fait de jauger, d'estimer une information et le fait de la vivre, de l'assumer, et d'en voir les résultats concrets, qui choque. De nos jours, les logos de réseaux sociaux fleurissent sur les panneaux & messages publicitaires, cherchant à fraterniser toujours plus de monde en s'aventurant sur leur propre terrain. Outre le fait de devenir une statistique, celui qui a "liké" la page Macdo (ou que sais-je encore) vient de faire plus que cliquer sur un bête bouton scripté, il vient de donner un avis et de s'exprimer. Je ne veux pas non plus paraître comme un extrémiste  aussi je dirais qu'en soit, appuyer sur des boutons (et s'exprimer !) n'est évidemment pas grave en soit. L'important, c'est le fait que ce sont les masses qui donnent les tendances de demain (et ça Black Mirror le montre  très bien) et qui, au final, parlent au nom des autres. Jusque là, au final, rien de grave : libre à tout le monde le droit de s'exprimer. Et c'est là qu'on bascule de l'autre côté, dans le deuxième axe, celui du résultat, des conséquences des "volontés des masses". C'est en arrivant petites statistiques par petites statistiques qu'on arrive à des écueils où des décisions sont prises en amont et que les chiffres se concrétisent en images, en preuves et conséquences de ce qui a été choisis de faire. Dans Black Mirror, le regret surgit alors, après des à priori pourtant positifs, la foule regrette, a honte, honte d'avoir choisis, et surtout honte de voir, de regarder le résultat et d'être involontairement un infime grain de sable faisant partie de ce désert qui a noyé un paysage jusqu'alors verdoyant. C'est ça, la portée principale du premier épisode, telle que je la conçois : on donne de plus en plus de moyens d'expressions aux populations, certes. Le problème est qu'en amont, on donne de plus en plus d'importance et de valeurs à ces avis, aux interprétations et aux phénomènes sociaux de masses. Et surtout : donne-t-on réellement suffisamment de diversité au niveau de l'information, de manière facilement accessible pour et par tous ? Si on donne de plus en plus d'importance à ces interprétations, ne faudrait-il pas plutôt les nourrir, les enrichir en donnant plus de moyens pour développer l'esprit critique de tout le monde sur l'actualité, plutôt que de tenter de manipuler l'opinion publique ? Comment peut-on exclure le développement culturel, condition sine qua non au développement de l'esprit critique, au profit de l'abrutissement lié au "marketing politico-social" ? Reste à espérer qu'on aura pas à attendre un évènement réel tel que dans Black Mirror pour que cette tendance généralisée se désagrège ou, peut-être, est-ce justement "la" solution inespérée... si vous vous demandez à la fois quelle est cette solution et pourquoi "L'oeuvre nihiliste selon l'Artiste", ben n'hésitez plus car il est trop tard : votre curiosité est piquée à vif, et il vous faut d'urgence voir Black Mirror (ce qui m'enchanterait au passage).


Episode 2 : 15 Million Merits

A mon sens le meilleur épisode de la saison. A l'inverse du premier, on part aux antipodes du monde moderne pour plonger dans de l'anticipation digne d'un K.Dick. Contrairement à The National Anthem, il n'y a en apparence pas de réelle intrigue. On est juste plongé dans le quotidien de Bingham Madsen, vivant dans une sorte de cité peuplée de ... cyclistes. Cette société est assagie par les chaînes de télé proposée par le seul et unique groupe de distribution, proposant sur une chaîne principale un concours sur le même modèle que l'infâme The Voice (et j'en passe). Cette émission devient alors le véritable opium du peuple, lui-même dépersonnalisé par des uniformes imposés et une hiérarchie implacable, où les seules fantaisies permises (et néanmoins payantes) demeurent la personnalisation de son avatar virtuel (comme sur Playstation Network, ou xBoxLive). Le béton remplace la verdure, les images remplacent le réel à des fins purement pratiques et pourtant déshumanisant à l'extrême. Du coup, si on est d'abord subjugué par tous les détails de cet univers futuriste, on bascule progressivement dans le cauchemar,  le véritable enfer, une montée progressive jusqu'à l'expression spontanée d'une haine sans pareil pour une société morbide traitant l'Homme comme un vulgaire produit fini (j'entends à qui l'on a déterminé par avance sa finalité), passant par un monologue poignant (on applaudira grandement le jeu d'acteur de Daniel Kaluuya pour cette performance hors norme), et la fin est à la hauteur du premier épisode : une claque. Et même syndrome que pour le premier épisode : malgré le défilement du générique, on décroche pas, et on cogite sur ce qu'on vient de voir, à la fois émerveillé d'avoir eu la bonne idée de voir cette oeuvre (si, si !) et en même temps terrifié à l'idée que ce monde devienne le nôtre. Car si ce 2e épisode dépeint une société profondément gangrenée par l’imbécillité totale jusqu'à y atteindre un point de non retour, il met aussi en avant l'une des vertus capitale de l'esprit humain : la force d'abstraction.


Le Bernard l'hermite :

On pourrait faire un parallélisme entre la situation des habitants de l'univers de ce deuxième épisode avec les pensionnaires de la plus terrible des prisons. Imaginez un moment : votre avenir est déterminé par votre capacité d'endurance physique, réduit au mutisme par l'homogénéité sociale, forcé à vivre dans un 30m² entouré d'écrans, contraint à payer la moindre action que vous entreprenez aussi futile soit-elle, et le seul espoir d'y échapper réside en la participation à l’émission  elle même étant l'origine de ce mal. Si en apparence tout semble lisse, propre et ergonomique à l'instar des technologies Apple (n'aimant pas les pommes, mon avis n'est aucunement mélioratif), c'est pour mieux cacher les rouages d'une société véritablement finie, se suffisant à elle-même, semblant figée dans le temps, ancrée dans la stagnation totale. Si cette vision de l'avenir donne déjà le tournis, pensez à ce moment là à ladite force d'abstraction. Bingham semble être en dehors de cet univers, répondant à d'autres choses. Il semble, comme un détenu cherchant à améliorer sa condition psychique face à l'enfer de l'isolement, vivre dans sa propre bulle qu'il s'est formé progressivement. N'a pas cette force qui veut l'entreprendre sur un simple coup de tête ; qui ne se cantonnerait pas aux "merveilleux" programmes télés diffusés H24, aux nouveaux vêtements numériques de son avatar, aux cours d'instruments de musiques virtuels ? Pour faire abstraction de quelque chose, encore faut-il clairement l'identifier. Si Bingham semble s'être constitué une puissante armure face au monde extérieur, il est amené à faire un choix capital : faut-il détruire sa bulle pour s'en reforger une nouvelle, sur un territoire nouvellement conquis, ou au contraire, la conserver avec son confort. J'imagine que cette phrase ne vous parle pas particulièrement. Un exemple concret : dans une situation particulièrement, vaut-il mieux se prostituer pour sortir de la misère la plus profonde, ou rester prolétaire pendant une durée indéterminée ? Si aucune des options ne paraît franchement meilleure (chacune n'étant déjà relativement pas souhaitable à personne), c'est là qu'entre en jeu la force d'abstraction. Au-delà de ces deux mots se cache une force à mettre en jeu, un défi personnel à s'imposer, une rigueur à adopter et dont il faut s'affranchir pour accomplir les enjeux que l'on a mûrement choisis. Si l'on devait considérer la caractère humain comme un bernard l'hermite (pardon aux Darwinistes en herbe), ce sont les moments où il faut quitter le confort de sa coquille pour une nouvelle plus grande que l'on grandit véritablement. C'est le propre de l'accomplissement et de la concrétisation même de l'empirisme de l'Homme ; prendre une décision menant à des enjeux pour s’accommoder à des changements d'habitudes. David Bingham fait son choix et nous montre, dans cet univers résolument meurtris par le tout-virtuel, qu'il toujours possible d'accéder à des horizons plus verdoyants. 


Episode 3 : The Entire History of You

Le troisième et dernier épisode de la série est tout aussi excellent que les autres. Chronologiquement parlant, contrairement au premier (contemporrain) et au deuxième (résolument futuriste), celui-ci se rapproche plus d'une sorte d'uchronie, mélange de deux époques, avec des éléments futuristes liés à des voitures d'un autre âge. Efficace et osé. En ayant vus les 2 premiers épisodes, on voit vite sur quelle piste se lance The Entire History of You au bout des quelques minutes d'intro. Liam Foxwell rentre chez lui après un entretien, où se tient une fête. C'est tout ! Bon, évidemment, c'est plus compliqué que ça, mais entendez par là que l'intrigue et "l'horreur" propre à Black Mirror s'extirpe dans une psychose que créé lui-même Liam. A partir d'une invention qui permet, comme un appareil photo au stockage illimité, d'enregistrer des moments de sa vie, ce jeune avocat se retrouver dans l'oeil d'un cyclone dont il aura été la cause, et résolument l'effet.  Si le rythme est plus lent que dans les deux autres épisodes de la série, c'est probablement pour mettre en avant l'indiscernable folie dans laquelle nous serions tous plongé si une telle invention venait à exister. Pourtant, il n'est nullement question de conflit politique, de guerre, ou quoi que ce soit amenant à des morts par milliers ou que sais-je encore. Il est simplement question de l'intégrité physique & morale de tout le monde. Rien que ça ? Oui, rien que ça. Et c'est largement suffisant pour perpétrer à nouveau ce que j'appellerais maintenant le Syndrome Black Mirror, où la fin du générique ne vous suffit plus à vous dépêtrer d'un tourment de questionnement. Ne voulant pas terminer l'analyse par l'évident questionnement de "est-ce que ça serait bien de pouvoir stocker tout ces souvenirs dans sa caboche ?", étant une évidente analyse possible du film, je vais plutôt m'aventurer dans une thématique tout autre, celle de l'utilité publique du Mensonge. Ah ah, ça je suis sûr que personne n'y a pensé, je suis tout content !


Lie to me :

Imaginez, un seul instant, pouvoir consulter à loisir des moments de votre vie. D'avoir la capacité de faire des arrêts sur image, des zooms, d'amplifier les sons, de les passer sur grand écran, de pouvoir les effacer, de les mettre en favoris. Outre le fait qu'à ce stade, je ne porterais plus que très peu d'estime envers l'Humanité, quel serait le principal élément émergeant ? On ne pourrait que très difficilement mentir. En pouvant analyser et décortiquer les attitudes & dialogues de tous ceux qu'on croise, on pourrait facilement discerner le mensonge de l'honnêteté, au travail comme dans le cercle familial. On serait véritablement plongé mondialement dans un permanent état de psychose latente où, devant la facilité d'accès de nos souvenirs, personne ne pourrait s'empêcher de remettre en question la sincérité de la moindre discussion au-delà du "bonjour, 2 croissants s'il vous plaît" ni même d'accorder véritablement confiance envers qui que ce soit. Partant du postulat que la confiance est une relation construite et mutuelle, si aucun des deux partis n'est tolérant envers l'autre et ne peut s'empêcher, par réflexe plus que par doute, de croire son prochain, c'est la base même de l'amitié qui s'effondre. L'amitié n'existerait plus, il ne resterait que des souvenirs en commun (sous différents points de vue méticuleusement triés dans des répertoires). Ensuite vient un fait reconnu d'utilité publique : tout le monde ment. Au-delà des mensonges parfois tellement gros et pitoyables où l'on regretterait volontiers d'avoir une tête afin d'éviter d'hurler des insanités au menteur qui vraisemblablement nous prends pour un con, il y a les mensonges, les petits mais néanmoins utiles. Les mensonges de "politesse" en quelque sorte : on va à un endroit pour faire plaisir à quelqu'un, on vante un détail pour ne pas froisser, on tient une discussion par pur soucis d'intégrité sociale, bref. Les mensonges sont nécessaires tant pour soi-même que pour les autres, et mis bouts à bouts ils forment paradoxalement un liant social, concernant aussi bien la sphère amicale que professionnelle que familiale. Bien sûr, je ne tiens pas à dresser l'apologie du mensonge. Encore que ces mensonges ne permettent-ils pas de provoquer des tensions ? De ce fait, les mensonges ne seraient-il pas le résultat d'un réflexe social communicant indirectement une relation conflictuelle ? Finalement, à relation conflictuelle, ne pouvons-nous pas chercher une solution et, en accordant pardon et compréhension, rétablir une nouvelle relation plus sereine ? A ce moment là quel vecteur est le plus à même de nous pousser vers l'amélioration de nos conditions de vie sociale : l'acceptation même de l'existence du mensonge, ou sa disparition par l'invention telle qu'elle est présentée dans The Entire History of You ?


Ce que j'en ai pensé :

Black Mirror est définitivement une série culte. En adoptant un format concentré en 3 épisodes par saison, elle délivre néanmoins à chaque épisode une cascade de réflexions. Le tout est très bien filmé, le jeu d'acteur est parfois réellement poignant (notamment l'épisode 2), l'esthétique est soignée, propre et efficace. Chaque épisode étant indépendant des autres, et j'ai trouvé très audacieux de les plonger chacun dans une époque différente. Le rythme est à chaque fois merveilleusement bien mené, on suit tout simplement le déroulement de l'action, c'est un sans fautes... J'ai particulièrement apprécié les doubles lectures possibles à la fin de chaque épisode. Si, quand j'en ai discuté avec des personnes les ayant vus, tout le monde s'accorde sur les thèmes principaux abordés (médias/télé/etc...), il y a une quantité indénombrable d'interprétations possibles et de thématiques secondaires qui se juxtaposent. Si je devais donner un avis global sur Black Mirror, quoique légèrement pessimiste (n'allez pas me prendre pour un dépressif pour autant, loin de là), je dirais que finalement, tout en faisant à chaque fois du personnage principal un véritable Héros, il est aussi à chaque fois confronté à un dilemme et à une situation particulièrement atroce. Et si Black Mirror met bien évidemment en avant tous les aspects négatifs de notre société moderne pour les extrapoler en différentes pistes, chacune étant exploitée par un épisode, la série met aussi en avant la dignité humaine. C'est le seul double-point commun que j'ai trouvé aux épisodes ; tous partent d'un contexte menant à une situation tragique, où finalement une décision est prise et, à partir de là, la réaction mène à un accomplissement bénéfique au(x) Héro(s). Alors, sans doute en proie à une sur-interprétation, je dirais que si l'affiche de la série, le "Black Mirror" est brisé en morceau, c'est probablement pour prouver aussi que nous restons et resterons libres de nous battre, de fracturer ce miroir qui reflète une image maussade de notre environnement pour aller au-delà de cette simple image réfléchie. Car à la différence de l'être humain le miroir réfléchis mais ne pense pas.


lundi 28 janvier 2013

Paranoia Agent - 2004




Je pensais pas enchaîner sur un deuxième manga, mais il se trouve que là il s'agit d'une série animée. Autant j'suis extrêmement exigeant en terme d'animé, autant celui-là est tellement bien fait (à l'instar de la saison 2 de Ghost in the Shell) que je me permet une rechute dans Paranoia Agent presque une fois par an. Constituée de 13 épisodes de 25 minutes, la série a débuté en 2004 écrit par Seishi Minakami et réalisé par Satoshi Kon. Si ces sonorités nippones chatoyantes ne vous rappellent cependant rien, sachez que ce dernier bonhomme a entre-autre bossé sur Perfect Blue et Paprika, 2 films que je traiterais plus tard.



Ride on !

La série commence sur une intro assez déconcertante ; succession d'enfants, d'adultes, tapotant sur leur téléphone, tout le monde prétextant une excuse ("Désolé, je ne peux pas venir"). Puis un changement radical de plan, où l'on se retrouve nez à nez avec une designer de peluche Kawai (le soulignement est de rigueur quand il est question de Kawai), qui se fait finalement agresser en fin de journée par un gamin en rollers armé d'une batte de baseball  C'est à partir de là que commence une enquête policière d'apparence banale, mais qui se perds dans Paranoia Agent, une série où la patience est mise à rude épreuve tant on peine à parfois faire le lien avec une quelconque histoire ou intérêt. Et c'est exactement la force de cette série ; il récompense la patience du petit scarabée.




Des Cas Sociaux :

La série commence de manière relativement rationnelle. On suit un début d'enquête, on arrive à des déductions policières et à un début d'intrigue qui semble bien ficelé. Et soudainement, quand les enquêteurs tombent sur un suspect adepte des mondes virtuels, on perds pieds. Le ton se voulant jusque là réaliste, on bascule dans un mélange de fantastique et de réel, sans toutefois discerner les frontières ni le parti pris par le réalisateur. On est paumé, les liens quelconques avec l'enquête se noient et semblent disparaître, et on a l'impression de partir dans du hors sujet total qui pourrait prouver que certains nippons cinéastes sont loin d'être purs & chastes. Ces épisodes se succèdent, pour passer au final à des situations et à des histoires, chaque épisode contant les mésaventures d'un personnage. L'un est flic, l'autre est prostituée nymphomane schizophrène  L'un est le plus populaire de sa classe de primaire, l'autre est un vieillard qui n'arrive pas à se suicider. Chacun de ces épisodes devient plus une curiosité morbide qu'un réel exercice de patience, car derrière la bonne part de glauque de la série se cache une certaine poésie. Des plans sont simplement beaux, la bande son est prenante, les voix sont parfaites. On supporte mieux la série, sans toutefois réellement discerner le détail qui prime. Et c'est là la force de Paranoia Agent, c'est que tous les liens que l'ont cherchait se réveille dans les derniers épisodes, jusqu'à l'apothéose finale où l'on se prends une véritable claque.



Psychothérapie à moindres frais :

Cette fameuse claque en question peut se résumer à une somme de critiques sur un lit de bon sens accompagné de son coulis de contexte social actuel. Des quelques dernières minutes (avant dernier & dernier épisode notamment), l'énorme pelote emmêlée que constituait la série se dénoue d'elle-même en un flot constant de constats (!). Car elle est là, la véritable portée de la série : dresser un constat humaniste de la société actuelle. Satoshi l'a écrit comme un remède au suicide, l'un des thèmes récurent abordé dans la série étant la frustration, la honte, le déni. Il semble s'y dégager un enseignement plus qu'une morale, où lorsque l'on devient véritablement acculé revient à être un réel danger pour soi-même. Sous différents aspects, Paranoia Agent montre en fait le visage même du stress et de la frustration ressentit à différents moments de sa vie, et surtout aux conséquences, ainsi que ses répercussions (comprendre dommages collatéraux) engendrés sur d'autres personnes, elle-même provoquant des remous dans la vaste toile que constitue le facteur social de l'Homme. L'effet papillon à l'échelle humaine, où chaque être humain reste son propre prédateur lorsqu'il se retrouve au pied du mur, et où il cherche désespérément à jeter la pierre sur quelqu'un d'autre, alors qu'il peut être lui-même la cause de son propre malheur. C'est le Paranoia Agent.



Loi du Talion revisitée :

Au final qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à véritablement être acculé au point de se faire souffrance soi-même ? Loin d'être psy' je me permet quand même de donner mon point de vue (n'est-ce point l'but ?). Tout au long de la série on aperçoit des dualités qui se créent entre les personnages, plus précisément en leur for intérieur, une sorte de contradiction entre les actes et les idéaux. Comme si le fait de forcer la porte de ses objectifs personnels ne faisait qu'en fait que renforcer les gonds de celle-ci. C'est exactement l'image développée dans Paranoia Agent : de tout âge, chaque personne développe sa personnalité en parallèle avec un idéal de vivre qui mûrit progressivement. L'embêtant c'est que ce même idéal vient en contradiction avec le caractère social de l'Homme qui tends à vivre à société (hein ? l'intro de Paranoia Agent dites-vous ?). N'apprécie-t-on pas couper son portable quand on est en vacances ? Se couper du monde, se retrancher dans ses idéaux que l'on a bâtis, et vivre en autarcie avec son propre univers (qui peut comprendre sa famille). De l'autre pendant, on développe des comportements antagonistes à nos idéaux dès lors que l'on n'équilibre pas sa propre balance sociale : on peut paraître asocial, égoïste, méchant, voir tout simplement con. Ceux qui ont fait couler beaucoup d'encre sur nos bouquins d'histoires n'étaient-ils pas ceux qui étaient allés le plus loin dans leur idéaux, en bien -surtout- comme en mal ? Être acculé tel que dans Paranoia Agent, c'est le point de quasi-non-retour, l'essence même de la dualité à son paroxysme, où ses rêves refoulés se mêlent aux peurs les plus aiguës  à la course à la performance, à l'omniprésence du besoin de succès, etc... Le big bang se créé et se répète plusieurs fois dans la série, en une succession de concrétisation de la loi du Talion où plus la frustration cumulée est forte, plus la déflagration est puissante. Et l'effet produit est simplement épique.




Ce que j'en ai pensé :

Du point de vue graphisme, on passe d'un style réaliste très soigné à progressivement un style de plus en plus décalé allant de paire avec la perte de dissociation réel/rêve. L'effet est saisissant : on est tout simplement paumé, mais pour autant on reste scotché. Great Success.

Au final si je devais en tirer vraiment quelque chose de particulier, je dirais que paradoxalement aux dernières impressions qu'on peut avoir en finissant les quelques 13 épisodes, c'est que c'est une véritable apologie de la vie. Le générique prends tout son sens une fois qu'on a fini la série. Des gens qui rient. Si au départ on ne reconnait aucune des personnes, on apprends leur histoire au fur et à mesure, et on s'étonne de voir toujours le même générique où peut les observer, hilare sur fonds de nuage atomique. Et c'est précisément ça, le message. Malgré les histoires de ces personnages, les conséquences engendrées par les situations occasionnées, ils sont toujours debout. D'une manière plus générale, il apparaît naturel d'être, un jour où l'autre, acculé. De devoir faire face à un dilemme qui sous-entends quantité pléthorique d'autres choix à entreprendre et à assumer par la suite, de devoir soudainement faire face à ses propres peurs, à ses phobies,tout simplement à ce que l'on est réellement au fond de soi. Si la peur est un sentiment saint qui permet de connaître ses limites et, à plus forte raison, qui offre une occasion de les dépasser, il appartient à chacun de nous de les dépasser pour s'affirmer. Cette fameuse dualité dont je parlais, arrive constamment et à intervalle régulier dans nos vies : c'est à mon sens le moment où l'on rejoint nos attentes et que l'on doit naturellement redéfinir de nouvelles limites à conquérir. Et comme l'inconnu fait naturellement peur, le sentiment d'être acculé peut simplement découler du fait que l'on réapprends constamment ce qu'est la peur. Dans Paranoia Agent, si les exemples sont multiples, on remarque surtout où cela mène de ne pas s'assumer, de ne pas se confronter : l'autodestruction pure et simple. D'où le générique : vivez heureux, agissez, suivez vos idéaux, foncez. Vivez, tout simplement.